Mon père et moi - postface
J’ai été imprégné de l’oeuvre de mon père dès mon plus jeune âge. Ses tubes de gouache m’étaient aussi familiers que mes petites Dinky Toys. Nous habitions à Montparnasse, le quartier parisien des artistes. Ses copains de l’IDHEC (Institut Des Hautes Études Cinématographiques) venaient faire la fête à la maison et je les entendais, couché dans la chambre voisine.
Je l’accompagnais parfois dans ses sorties. Il m’avait acheté un petit chevalet pliant que nous installions à côté du sien et je barbouillais du papier Canson, pendant qu’il peignait la nature environnante.
Il m’avait fait inscrire à l’atelier pour enfants de l’école des Arts Déco, rue de Rivoli à Paris, mais je n’avais pas son talent. J’avais huit ans.
Il m’a aussi emmené sur les plateaux de cinéma, Épinay, Billancourt et j’étais fasciné par cet univers des tournages. J’y rencontrais des réalisateurs, des acteurs. J’ai même joué un petit rôle dans un court-métrage de Claude Lecomte dont mon père avait conçu le décor.
Adolescent, j’allais le voir travailler dans le grand atelier qu’il s’était aménagé dans notre maison de campagne du Vexin. Il n’était pas très bavard, mais quand nous parlions, c’était de peinture, d’art, de création, de philosophie.
Adulte, j’ai travaillé sur les mêmes films que lui. Comme assistant à la mise en scène, puis comme régisseur d’extérieur dans son équipe de décoration. J’étais là au plus près de ses créations. Enfin, dans les années 80, comme photographe de plateau, où j’ai eu le plaisir de photographier Hanna Schygulla dans un décor de mon père.
Sur la fin de sa vie, son regard pertinent, mais toujours bienveillant, sur mes portfolios, m’a beaucoup apporté et m’a encouragé à continuer.
Jean-Luc Dugied
mars 2026
Commentaires en guise d'explications
Jacques Dugied peintre du mouvement
Mon père aimait se définir comme un peintre du mouvement. Au fil du temps, il a exploré ce thème par des approches variées : Mémoire / Traces / Temps, Le mouvement géométrique, Mutations, Accumulations, Le mouvement objectif.
J'ai tenté de suivre ses pas, en utilisant mes images de danse, pour créer une ode au mouvement. Le choix de Carolyn Carlson n'est pas innocent, c'est une chorégraphe que mon père admirait.
Blue lady, chorégraphie et interprétation de Carolyn Carlson, 1985
Le retour de T., chorégraphie et interprétation de Fabrice Dugied, 1988
Traces - matière
Dans les années 1970, Jacques a réalisé des peintures - collages en incluant divers matériaux : papier, carton, tissu, laine, métal, plâtre, sable, balle de ping-pong, toile d'araignée...
De mon côté, j'ai traqué inlassablement différentes traces, publiées sur ce site : traces minérales végétales, de démolition, d'écritures. Cela m'a incité à composer ces deux triptyques.
Jacques Dugied décorateur de cinéma

De gauche à droite :
1. Hanna Schygulla dans le décor de "L'aide-mémoire", téléfilm de Pierre Boutron.
2. La cuisine dans "L'été en pente douce" de Gérard Krawczyk.
3. Une petite grange à St Léger-du-Ventoux pour symboliser ses nombreuses constructions de cabanes.
Tableaux : Jacques Dugied Photos : Jean-Luc Dugied





















