J’ai été imprégné de l’oeuvre de mon père dès mon plus jeune âge. Ses tubes de gouache m’étaient aussi familiers que mes petites Dinky Toys. Nous habitions à Montparnasse, le quartier parisien des artistes. Ses copains de l’IDHEC (Institut Des Hautes Études Cinématographiques) venaient faire la fête à la maison et je les entendais, couché dans la chambre voisine.
Je l’accompagnais parfois dans ses sorties. Il m’avait acheté un petit chevalet pliant que nous installions à côté du sien et je barbouillais du papier Canson, pendant qu’il peignait la nature environnante.
Il m’avait fait inscrire à l’atelier pour enfants de l’école des Arts Déco, rue de Rivoli à Paris, mais je n’avais pas son talent. J’avais huit ans.
Il m’a aussi emmené sur les plateaux de cinéma, Épinay, Billancourt et j’étais fasciné par cet univers des tournages. J’y rencontrais des réalisateurs, des acteurs. J’ai même joué un petit rôle dans un court-métrage de Claude Lecomte dont mon père avait conçu le décor.
Adolescent, j’allais le voir travailler dans le grand atelier qu’il s’était aménagé dans notre maison de campagne du Vexin. Il n’était pas très bavard, mais quand nous parlions, c’était de peinture, d’art, de création, de philosophie.
Adulte, j’ai travaillé sur les mêmes films que lui. Comme assistant à la mise en scène, puis comme régisseur d’extérieur dans son équipe de décoration. J’étais là au plus près de ses créations. Enfin, dans les années 80, comme photographe de plateau, où j’ai eu le plaisir de photographier Hanna Schygulla dans un décor de mon père.
Sur la fin de sa vie, son regard pertinent, mais toujours bienveillant, sur mes portfolios, m’a beaucoup apporté et m’a encouragé à continuer.
Jean-Luc Dugied
mars 2026